Mickael Tacalfred raconte sa Gold Cup
Le défenseur du DFCO a disputé la Gold Cup* avec la Guadeloupe aux Etats-Unis. Il en est revenu demi-finaliste et bardé de souvenirs.
« Je ne sais pas si je viens de vivre mon meilleur souvenir de footballeur professionnel, mais ce parcours avec la Guadeloupe fait partie des plus beaux. C'est la première fois que la Guadeloupe participait à la Gold Cup et elle a atteint les demi-finales face au Mexique (0-1), une équipe qui participe régulièrement à la Coupe du Monde. Quand on sait qu'on nous considérait comme le Petit Poucet de l'épreuve, je me rends compte maintenant de l'exploit réalisé.
Personnellement, j'avais été contacté l'année dernière par la Ligue de Guadeloupe qui souhaitait que je participe aux éliminatoires (Ndlr : Mickaël Tacalfred est guadeloupéen côté paternel et réunionnais côte maternel). Mais à l'époque, Dijon jouait le haut du tableau en Ligue 2 et comme les dates ne correspondaient pas au calendrier FIFA, je n'aurais jamais pu y aller. J'ai suivi malgré tout le parcours de la Guadeloupe, et quand elle a obtenu sa qualification pour la phase finale, j'ai été de nouveau contacté et j'ai donné tout de suite mon accord. Les dirigeants guadeloupéens avaient décidé de composer une sélection mixte, avec des locaux, qui évoluent dans le championnat local (Division d'Honneur) et des professionnels, tels Sommeil (Sheffield United), Grandel (Utrecht), Socrier (Brest), Fleurival (Tours), plus des joueurs de National et de CFA. Je sais que là-bas, cette décision avait été un peu contestée par les supporters et la presse. Ils ne comprenaient pas pourquoi on faisait appel à des pros qui n'avaient pas participé aux qualifications. Quand nous sommes arrivés sur l'île le 28 mai pour le stage de préparation, j'ai senti un peu de défiance de la part des joueurs locaux. Mais on a fait un match amical avant de partir et finalement, l'amalgame s'est fait assez vite.
Pour le premier tour, nous étions placés dans le Groupe A, à Miami avec le Canada, Haïti et le Costa Rica. Notre sélectionneur, Roger Salnot voulait d'abord que nous prenions du plaisir,. Nous, on avait comme objectif de passer le premier tour. Notre match nul inaugural face à Haïti (1-1) nous a mis un peu plus en confiance. Puis c'est devenu beaucoup plus sérieux après notre succès face au Canada (2-1), une équipe que je ne connaissais pas. Je m'attendais plutôt à rencontrer des bourrins et j'ai découvert des joueurs bons techniciens. Avec quatre points, on a vraiment commencé à y croire. Après notre défaite face au Costa Rica lors de notre troisième match (0-1), notre qualification pour les quarts de finale en tant que meilleurs troisièmes dépendait d'autres résultats.
Angloma, Chicago, Pointe-à-Pitre, puis Dijon...
Notre qualification acquise, nous avons mis le cap sur Houston, pour y affronter une équipe du Honduras que j'avais eu l'occasion de voir en vidéo. Autant elle m'avait fait bonne impression sur écran, autant j'ai trouvé cette sélection quelconque. Nous avons gagné 2-1, avec un public qui nous soutenait et plus nous avancions dans la compétition, plus l'engouement était grand en Guadeloupe. Même certains médias en métropole, tels L'Equipe et TF1 se sont intéressés à nous. En demi-finale, à Chicago et dans un stade plein (60 000 spectateurs), nous avons perdu face au Mexique (0-1), la meilleure sélection de la Concacaf. Sans démériter, en essayant de jouer notre jeu, même si j'ai eu l'impression qu'on ne s'était pas vraiment lâchés.
Au retour, il y avait 500 ou 1000 personnes pour nous attendre à l'aéroport de Pointe-à-Pitre. Parfois, j'ai du mal à comprendre comment un simple match de foot peut avoir autant d'impact. Maintenant, nous espérons que cette Gold Cup aura une suite, que le football guadeloupéen disposera de plus de moyens. Moi, j'aimerais bien rejouer une Gold Cup. Ce serait bien que la Guadeloupe puisse également participer aux éliminatoires de la Coupe du Monde**, mais je crois que ce sera compliqué. Nous avons pris et donné beaucoup de plaisir pendant deux semaines. Sans nous prendre la tête et en découvrant un peu les Etats-Unis. J'ai côtoyé Jocelyn Angloma. Il a 41 ans, 37 sélections avec l'équipe de France, il a joué à Marseille, à l'Inter Milan, à Torino et à Valence, il joue encore et plutôt bien puisqu'il a marqué deux buts et c'est surtout un mec en or. Il ne la ramène pas avec son palmarès. Au contraire, c'est un homme discret, qui donne quelques conseils quand il le faut. Je n'ai eu que quelques jours de repos. Serge Romano, l'entraîneur de Dijon voulait que je rejoigne l'équipe en stage au Chambon. Mais il me gère physiquement, et pour l'instant, ça va. J'aurais bien aimé couper un peu, profiter de ma famille, mais c'est comme ça. J'espère que je ne subirai pas un trop gros contrecoup. Mais ça en valait la peine ! » .